Lorsque mon hongre de 22 ans a développé un poil anormalement long qui ne muait plus correctement, le vétérinaire a rapidement suspecté un syndrome de Cushing. Cette maladie endocrinienne touche près d’un cheval senior sur quatre après 15 ans, provoquant des bouleversements métaboliques qui exigent une refonte complète de la gestion alimentaire. Le dysfonctionnement de l’hypophyse entraîne une production excessive de cortisol qui perturbe la régulation du sucre sanguin et fragilise considérablement le système immunitaire.

Comprendre l’impact métabolique du Cushing sur la digestion
Le syndrome de Cushing modifie radicalement la façon dont l’organisme du cheval traite les glucides. Les cellules deviennent résistantes à l’insuline, ce qui signifie que même des quantités modérées de sucres peuvent provoquer des pics glycémiques dangereux. Cette résistance insulinique augmente considérablement le risque de fourbure, cette inflammation des pieds particulièrement douloureuse qui constitue la première cause d’euthanasie chez les équidés Cushing. J’ai appris à mes dépens qu’une simple distribution d’avoine pouvait déclencher une crise chez un cheval atteint.
La production excessive de cortisol entraîne également une fonte musculaire accélérée malgré un appétit souvent conservé. Les protéines corporelles sont décomposées pour produire du glucose, créant ce paradoxe frustrant où le cheval mange suffisamment mais perd quand même du poids. Cette catabolisme protéique explique l’apparence caractéristique des chevaux Cushing : ventre distendu contrastant avec une musculature dorsale et une croupe amaigries.
Les principes d’une ration adaptée au Cushing
La règle d’or consiste à limiter drastiquement tous les sucres solubles et l’amidon dans la ration quotidienne. Les fourrages deviennent le pilier de l’alimentation, mais attention à leur teneur en sucres qui varie énormément selon la saison de récolte et le type de prairie. Un foin tardif, coupé après l’épiaison, contient généralement moins de sucres qu’un foin précoce et fleuri. Le trempage du foin pendant 30 minutes à une heure dans de l’eau froide permet d’éliminer jusqu’à 30% des sucres solubles, une pratique que j’applique systématiquement durant les mois critiques.
Pour les chevaux nécessitant un complément énergétique, plusieurs options s’offrent aux propriétaires :
- Les aliments spécifiques « low starch » avec moins de 10% d’amidon et de sucres combinés
- La pulpe de betterave désucrée trempée, riche en fibres fermentescibles sans pic glycémique
- Les huiles végétales comme source énergétique dense sans impact sur la glycémie
- Les granulés à base de luzerne pour l’apport protéique avec un index glycémique modéré
Le pâturage représente un défi majeur pour les chevaux Cushing. L’herbe jeune et fraîche, particulièrement au printemps et en automne, concentre des niveaux de fructanes extrêmement élevés. Ces glucides non structuraux peuvent déclencher des fourbures foudroyantes. Limiter l’accès à l’herbe aux heures où les sucres sont les plus bas, généralement tôt le matin, permet de réduire les risques. Certains propriétaires optent pour une muselière de pâturage qui ralentit considérablement l’ingestion.
Supplémentation spécifique et suivi vétérinaire
Au-delà de l’équilibre énergétique, les chevaux Cushing bénéficient largement d’une supplémentation ciblée en antioxydants. La vitamine E naturelle, à des doses de 8 000 à 10 000 UI quotidiennes, protège les tissus nerveux endommagés par l’excès de cortisol. Le magnésium améliore la sensibilité à l’insuline et soutient la fonction musculaire défaillante. Mon vétérinaire recommande également des acides gras oméga-3 issus de graines de lin pour moduler l’inflammation chronique caractéristique de cette pathologie.
Le traitement médicamenteux avec la pergolide reste la pierre angulaire de la gestion du Cushing, mais l’alimentation joue un rôle absolument déterminant dans le succès thérapeutique. Un suivi régulier avec des analyses sanguines permet d’ajuster finement les doses médicamenteuses tout en vérifiant que les adaptations nutritionnelles produisent les effets escomptés sur la glycémie et l’insulinémie. Cette approche intégrée, combinant médecine et nutrition, offre aux chevaux Cushing une qualité de vie préservée malgré leur pathologie chronique. Mes efforts patients pour affiner la ration ont permis à mon hongre de retrouver un état corporel satisfaisant et surtout d’éviter toute nouvelle crise de fourbure depuis trois ans.
